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Géolocalisation des véhicules et Loi 25 : ce qu'un déneigeur québécois doit savoir

« Mes gars vont dire que c’est de l’espionnage. »

C’est l’objection numéro un quand un entrepreneur en déneigement pense à installer du suivi GPS dans ses camions. Et derrière l’objection, il y a souvent une deuxième inquiétude, moins avouée : est-ce que j’ai le droit, au juste?

Réponse courte : oui, dans un cadre. Réponse utile : voici lequel.

Ceci n’est pas un avis juridique. C’est un tour d’horizon écrit pour des entrepreneurs, pas pour des avocats. Pour un cas particulier — surtout s’il y a un syndicat, une convention collective ou un litige en cours — parle à un conseiller juridique.

Le point de départ : oui, c’est un renseignement personnel

Beaucoup d’entrepreneurs partent du principe que le GPS suit un camion, pas une personne, et que la question de la vie privée ne se pose donc pas.

Ça ne tient pas. Si tu sais quel chauffeur conduit quel véhicule — et tu le sais toujours —, alors la position du véhicule révèle la position d’une personne identifiable. C’est un renseignement personnel au sens de la loi québécoise sur la protection des renseignements personnels dans le secteur privé, telle que modifiée par la Loi 25.

Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. Ça veut simplement dire que l’exercice a des règles, et que ces règles sont largement faisables pour une PME.

Et la loi s’applique à toi peu importe ta taille : il n’y a pas de seuil d’employés en dessous duquel une entreprise québécoise du secteur privé y échappe.

Le test qui décide de tout : la proportionnalité

Avant les formalités, il y a le fond. La loi te permet de recueillir un renseignement personnel si tu as un intérêt sérieux et légitime, et seulement les renseignements nécessaires à cette fin.

Traduit en quatre questions à te poser honnêtement :

1. Pour quoi, exactement? « Gérer ma flotte » est trop vague. Des finalités solides, en déneigement : répartir les équipes pendant une opération, prouver un passage à un client qui conteste, retrouver un véhicule immobilisé la nuit, sécuriser un chauffeur seul à 3 h du matin, documenter la facturation. Écris-les. Tu vas devoir les communiquer de toute façon.

2. Est-ce que ça atteint vraiment cette finalité? Oui, sans difficulté : sans position, tu ne peux ni répartir, ni prouver, ni retrouver.

3. Est-ce qu’il y a moins intrusif qui marcherait? C’est la question qui sépare une pratique défendable d’une pratique fragile. La position pendant les heures de travail suffit-elle, ou as-tu vraiment besoin du suivi continu 24 h sur 24? Presque toujours, la réponse est que la première suffit.

4. Est-ce que l’atteinte reste raisonnable par rapport au bénéfice? Suivre un véhicule commercial pendant un quart de travail, avec l’employé informé : oui. Surveiller les allées et venues d’une personne en dehors de son travail : non, et ça ne devient pas acceptable parce que le véhicule t’appartient.

La ligne pratique qui découle de tout ça : la géolocalisation se limite aux heures de travail et à la finalité annoncée. Si le camion est remisé chez le chauffeur le soir, prévois une désactivation en dehors des heures — ou, à tout le moins, une règle écrite qui interdit de consulter ces données-là.

Les six obligations concrètes

1. Informer les employés — avant, pas après

Tu dois dire à tes employés que tu recueilles ces renseignements, pourquoi, par quel moyen, qui y a accès, combien de temps c’est conservé, et comment ils peuvent accéder à leurs propres données et les faire corriger.

Depuis la Loi 25, il y a une exigence supplémentaire qui vise directement ce genre de technologie : quand tu utilises un outil capable de localiser une personne, tu dois l’informer du recours à cette technologie et des moyens offerts pour activer ou désactiver ces fonctions. Autrement dit, un tracker installé discrètement, sans avis, est difficilement défendable.

Fais-le par écrit, fais-le signer, garde la copie.

2. Désigner un responsable de la protection des renseignements personnels

C’est obligatoire. Par défaut, c’est la personne qui a la plus haute autorité dans l’entreprise — donc toi, si tu es le propriétaire. Tu peux déléguer par écrit. Le titre et les coordonnées de cette personne doivent être publiés, typiquement sur ton site web.

3. Avoir des politiques écrites, publiées en termes simples

Tu dois établir et appliquer des règles encadrant la gouvernance de ces renseignements, et les publier en termes clairs et simples. Pour une PME de déneigement, ça tient en quelques pages : ce qui est collecté, pourquoi, qui y a accès, combien de temps, comment on les détruit, quoi faire en cas d’incident.

4. Faire une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée

Celle-là est la plus méconnue, et elle arrive exactement au moment qui nous intéresse : avant d’acquérir, de développer ou de refondre un système d’information qui implique des renseignements personnels, tu dois procéder à une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée.

Donc oui : choisir un logiciel de suivi de flotte déclenche cette obligation. L’évaluation doit être proportionnée à la sensibilité et au volume des renseignements — pour une PME, ce n’est pas un rapport de cent pages, c’est un document structuré qui montre que tu as réfléchi aux risques et aux mesures prises. Demande à ton fournisseur de t’aider : il a l’information technique, et un fournisseur sérieux a déjà vu la question.

5. Vérifier ce qui sort du Québec

Si les données sont hébergées à l’extérieur du Québec — c’est fréquent, beaucoup de plateformes sont aux États-Unis —, la loi exige une évaluation préalable pour déterminer si elles y bénéficieront d’une protection adéquate.

Question simple à poser à ton fournisseur : où sont hébergées mes données, et avez-vous fait cette évaluation? Une réponse floue est une information en soi.

6. Se préparer aux incidents

Tu dois tenir un registre des incidents de confidentialité. Et si un incident présente un risque de préjudice sérieux, tu dois aviser sans délai la Commission d’accès à l’information et les personnes concernées.

Ça a l’air lourd. En pratique, pour une PME, c’est un fichier, une procédure d’une page, et savoir à qui téléphoner.

Ce que tu risques si tu ignores tout ça

Les sanctions introduites par la Loi 25 ne sont pas symboliques : sanctions administratives pouvant atteindre 10 M$ ou 2 % du chiffre d’affaires mondial, et sanctions pénales pouvant atteindre 25 M$ ou 4 %.

Personne ne pense qu’une entreprise de douze camions va écoper du maximum. Mais le risque réaliste n’est pas là : il est dans la plainte d’un employé mécontent, dans le grief syndical, ou dans le congédiement contesté où l’employeur s’appuie sur des données de géolocalisation recueillies sans avis — et où le tribunal écarte la preuve. C’est ça qui arrive, concrètement, et c’est ça qui coûte cher.

Comment le présenter à ton équipe (l’argument qui marche vraiment)

La conversation « on installe des GPS » se passe mal quand elle est présentée comme une mesure de contrôle. Elle se passe bien quand elle est présentée pour ce qu’elle est réellement dans ce métier-ci : une protection à double sens.

L’argument, testé et solide :

« Quand un client appelle pour dire que personne n’est passé, ou que le travail a été mal fait, aujourd’hui c’est ta parole contre la sienne. Et devine qui perd ce débat-là la moitié du temps. Avec l’heure, la position et la trace, tu n’as plus à te justifier — les faits parlent pour toi. »

Ce n’est pas de la rhétorique. Dans un métier où les chauffeurs se font régulièrement accuser d’avoir sauté une adresse ou bâclé une entrée, la donnée est plus souvent l’alliée du chauffeur que celle du client.

Ajoute les garanties qui rendent l’engagement crédible, et tiens-les :

  • ça se limite aux heures de travail;
  • ce n’est pas utilisé pour du chronométrage à la minute ni pour des mesures disciplinaires déguisées;
  • les employés peuvent demander à voir leurs propres données;
  • c’est écrit, et c’est le même cadre pour tout le monde, patron inclus.

Une équipe accepte très bien un cadre clair. Ce qu’elle n’accepte pas, c’est de découvrir le tracker par hasard.

La courte liste, à faire dans l’ordre

  1. Écrire les finalités précises de la géolocalisation.
  2. Vérifier qu’elles passent le test de proportionnalité — surtout la question du « moins intrusif ».
  3. Désigner le responsable de la protection des renseignements personnels et publier ses coordonnées.
  4. Rédiger la politique et l’avis aux employés; faire signer.
  5. Faire l’évaluation des facteurs relatifs à la vie privée avant de signer avec un fournisseur.
  6. Poser la question de l’hébergement hors Québec.
  7. Mettre en place le registre d’incidents.
  8. Limiter les accès aux personnes qui en ont besoin, et le documenter.

Rien là-dedans ne demande un département juridique. Ça demande une demi-journée et de l’écrire.

Le mot de la fin

La Loi 25 n’est pas un obstacle à la géolocalisation de tes véhicules. C’est un cadre — et un cadre qui, une fois posé, règle du même coup l’objection de l’espionnage au lieu de la laisser traîner tout l’hiver.

Chez Gtrak, on considère que c’est une partie du travail du fournisseur, pas une affaire qu’on laisse au client : savoir où vivent les données, pouvoir répondre aux questions de ton évaluation, et concevoir l’outil pour que le copilote suggère à un humain plutôt que de décider tout seul. Voir comment ça fonctionne.


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